Institut des Hautes Etudes et de Recherches Islamiques Ahmed Baba (IHERI-AB)

Le gouvernement du Mali a fondé à Tombouctou en 1973, le Centre de Documentation et de Recherches Ahmed Baba ou CEDRAB, abréviation du titre français généralement utilisée. Les origines du centre remontent à une réunion convoquée à Tombouctou en 1967 par l’Unesco à l’occasion de son étude d’un projet d’une histoire de l’Afrique en plusieurs volumes. À la fin de cette réunion, une résolution fut adoptée qui faisait appel au gouvernement du Mali pour que soit établi à Tombouctou un centre de conservation des manuscrits en langue arabe. Le centre qui a d’abord été bâti grâce au financement reçu du Koweït, commença immédiatement sa collection de manuscrits.

L’Institut des Hautes Etudes et de Recherches Islamiques Ahmed Baba possède actuellement une collection d’environ 30000 manuscrits collectés grâce aux efforts de quelques personnalités exceptionnelles telles que le Dr Mahmoud Zubayr, premier directeur du centre, et Abdul Kader Haidara qui a travaillé pour CEDRAB avant d’établir sa bibliothèque personnelle. Ce chiffre de 30000 manuscrits est encore quelque peu conservateur si l’on considère le nombre estimé de manuscrits existant dans la région.

La Fondation du Patrimoine Islamique Al-Furqan a déjà publié un catalogue, encore incomplet, faisant état d’une liste d’environ 9000 manuscrits de la collection CEDRAB.

Édification de la Bibliothèque

Au cours de la période allant de 1973 à 1984, CEDRAB n’avait réussi à acquérir que 3500 manuscrits. En 1984, Abdul Kader a rejoint CEDRAB et, en raison de son potentiel et du passé influent de sa famille, on lui a confié la tâche de collecter davantage de manuscrits pour en augmenter la collection.  Ses recherches  commencèrent à Tombouctou où, après avoir rencontré de nombreuses difficultés, il réussit à contacter des membres de sa famille, et il acheta tous les documents qu’il put trouver. Il lui arriva parfois de payer 200 US$ pour un document d’une seule page et  300 US$ pour un manuscrit complet.  La valeur des manuscrits variait, mais de manière générale, les manuscrits historiques étaient ceux qui avaient le plus de valeur, suivis par les manuscrits ornés, les très vieux manuscrits d’œuvres complètes, les œuvres d’intellectuels de l’endroit, des correspondances historiques et politiques, et enfin, des manuscrits anonymes non datés.

Cette recherche de manuscrits fut alors étendue pour couvrir toutes les régions voisines de Tombouctou. Ces expéditions dans les régions reculées se déroulèrent entre 1984 et 1987. Abdul Kader fit des efforts considérables pour se concilier les bonnes grâces des propriétaires, allant parfois jusqu’à leur faire cadeau de bétail, ce qui souvent avait plus de valeur pour eux que de recevoir une somme d’argent. Dans les villages, la réussite de ses transactions était extraordinaire ; il parvenait parfois à collecter 2000 manuscrits dans un seul village.

Les manuscrits de l’Institut Ahmed Baba provenaient également de toutes les parties du Mali, jusqu’au frontières de la Mauritanie, du Burkina Faso, du Sénégal, du Niger, de l’Algérie et de la Côte d’Ivoire. L’immense opération entreprise par Abdul Kader a été essentielle pour l’acquisition par le centre des 16000 manuscrits collectés entre 1984 et 2002.

L’actuel directeur de l’institut est le Dr Mohammed Gallah Dicko.

Le Nouvel Institut Ahmed Baba

Le nouvel édifice de l’Institut Ahmed Baba a été officiellement inauguré en 2009. Il est le produit d’un accord bilatéral entre les gouvernements sud-africain et malien dont les négociations ont commencé en 2001 après la visite à Tombouctou de l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki. Ce bâtiment est l’une des conditions de l’accord, lequel a pour objectif de promouvoir la conservation, la recherche et la reconnaissance des manuscrits comme patrimoine africain. Outre des ressources ultramodernes destinées à l’archivage et à la conservation des manuscrits, le nouvel édifice offre des facilités aux chercheurs telles que des salles de conférences, une salle de cours, une bibliothèque ainsi que des logements pour chercheurs venus de l’étranger.